Other_Fortresses_tr.html

Labraunda

Other_Fortresses_eng.html
 

    Dans la zone vallonnée au sud de Labraunda, cinq tours et forteresses ont été repérées : Burgaz Kale, Tepesar Kale, Ucalan Kule Kepez Kule et Harap Kule. Seules les quatre premières ont fait l’objet d’une étude détaillée sur le terrain. Tous ces ouvrages, à l’exception de Burgaz, sont visibles depuis l’acropole, et bénéficient d’une inter-visibilité. Ce réseau défensif établi le long de la voie sacrée reliant Mylasa à Labraunda fut établi en deux temps. La première période qui est contemporaine de l’érection de la forteresse sur l’acropole de Labraunda comprend la construction de la forteresse de Burgaz et de la grosse tour carrée de Tepesar. Elle date de l’époque hékatomnide et peut-être attribuée à Mausole et Idrieus sur des bases matérielles.

Burgaz Kale, vu du Sud-Est.

    La tour de Kepez est située à 1,2 km au sud du sanctuaire ; elle a à peu près les mêmes dimensions que la tour d’Ucalan.

La forteresse de Tepesar se trouve à 1,9 km au sud-ouest de Labraunda ; elle est légèrement plus grande et se divise en quatre pièces séparées par de solides murs de partition. Une deuxième tour et des annexes furent ajoutées a posteriori. Parmi celles-ci se trouve un probable atelier de forgeron.


Plus loin, au sud-ouest de Tepesar, à environ 3 km de Labraunda, se trouve Burgaz, une puissante forteresse de plan compact. Elle comprend deux bâtiments rectangulaires reliés par une cour intérieure. Le bâtiment oriental mesure 18,8 x 7,45 m et se compose: deux tours à catapulte symétriques placée de part et d’autre d’une cour. Une troisième tour (7,45 x 7,7 m) se tient au sud-ouest de l’ensemble et communique avec l’un des trois pièces en enfilade qui forment le côté ouest de la forteresse. Les murs de ces pièces sont moins larges, avec une épaisseur de 0,70 m que celle des murs des tours à catapulte (1,25m). Ces trois pièces à l’Ouest servaient probablement de baraquements pour les soldats stationnés dans le fort.


Outre le matériel, les techniques de construction supportent l’idée de l’existence de deux phases dans l’existence du réseau défensif. La première tour de Tepesar et la forteresse de Burgaz sont faites de grands blocs rectangulaires réguliers selon une alternance de carreaux et de boutisses, avec le système de double boutisse aux angles. Les tours de Kepez et Ucalan de même que la seconde tour de Tepesar, en revanche, sont composées de blocs beaucoup plus frustes, rectangulaires et polygonaux, et de petites pierres irrégulières. Le système de chaînage aux angles est similaire dans les trois édifices et consiste en un empilement en croisé des blocs.

Dans un second temps, ce réseau est renforcé et agrandi. On assiste alors à la construction des tours de Kepez et Ucalan, à l’érection d’une seconde tour et d’une série d’annexes à Tepesar, ainsi qu’au renforcement des défenses sur l’acropole de Labraunda. Quant au Burgaz Kale, il conserve son plan original et assure toujours à cette période son rôle défensif. Ces changements sont intervenus à l’époque hellénistique comme l’indique la céramique découverte à l’occasion des fouilles menées sur chacun des sites, et plus précisément au 3e s., av. J.-C.


La tour Ucalan est la plus proche du sanctuaire et se situe à seulement 800 m au sud-ouest de ce dernier, juste au-dessus de la voie sacrée. La tour est rectangulaire, et mesure environ 9 m par 7 m. Elle est divisée en deux salles par un mur de partition dont l’ouverture est encore conservée.

    La mise en place du réseau défensif de Labraunda est à mettre en relation avec la politique défensive hékatomnide initiée par Mausole dans le second quart du 4e s. av. J.-C.  Elle consistait pour l’essentiel à défendre les lieux de pouvoir tels que les villes et les sanctuaires, mais aussi les frontières de la Carie. Des tours et forteresses employant les mêmes techniques de construction que celles employées sur l’acropole de Labraunda, à Tepesar et à Burgaz se retrouvent partout dans le territoire contrôlé par les Hékatomnides (muraille d’Halicarnasse, forteresse de Teke Kale, muraille d’Alinda, etc.). Le renforcement de multiples ouvrages fortifiés à Labraunda et à travers la Carie doit être considéré à la lumière des grandes luttes politiques et territoriales survenues après la mort d’Alexandre le Grand et qui ont opposé Lagides, Séleucides et Antigonides sans compter un nombre important de dynastes locaux, parmi lesquels Olympichos.



Sur tours et forteresses, lire les rapports annuels de L. Karlsson et B. Vergnaud parus dans Opuscula et Anatolia Antiqua (2009 à 2014). Pour des synthèses voir  :

Karlsson L., « The forts and fortifications of Labraunda », dans L. Karlsson et S.  Carlsson (eds), Labraunda and Karia, Boreas 32, Uppsala, 2011, p. 217-252.

Karlsson L., « The Hekatomnid Pottery from the Recent Excavations and the Date of the Forts of Labraunda », dans P. Brun et al. (eds), Euploia. La Lycie et la Carie antiques, Bordeaux, 2013, p. 213-224.

Vergnaud B., «  Quelques observations sur la forteresse de Labraunda »,  dans L. Karlsson, S. Carlsson et J. Blid (eds), Labrys. Studies presented to Pontus Hellström, Boreas 35, Uppsala, 2014, p. 107-122.