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Labraunda

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En 1953, les fouilles se sont poursuivies sous la direction de Gösta Säflund. La zone de la terrasse du temple a été minutieusement fouillée ; dans sa partie orientale, une construction en briques crues, probablement un premier autel, a été fouillée. Dans le secteur de l’Oikos, quelques tranchées profondes ont été creusées atteignant le substrat rocheux à une profondeur de 5 m. Les fouilles de l’Andron C ont livré la sculpture la plus importante du site : un sphinx en marbre d’un mètre de haut, très bien conservé, qui appartenait probablement au toit de l’Andron B.

   

    Après la campagne de 1953, la rédaction des premiers rapports de fouille a commencé. Dans le même temps, il a été décidé que les fouilles devaient être interrompues et le site rendu aux autorités turques. Une campagne finale a eu lieu en 1960. Elle a été menée par Alfred Westholm, directeur du Musée de l’Art de Gothenburg. Tout en s’attachant à la mise en ordre du site, Westholm fouilla l’église byzantine (Église Est) dans la zone des propylées. Il a également poursuivi la fouille de l’Andron C ce qui lui a permis de réviser sa supposée origine archaïque et de dater le bâtiment de l’époque romaine impériale (1er s. ap. J.-C.). Notons que la datation du monument est toujours controversée. Il a aussi dégagé la Stoa Ouest dans la partie sud-orientale du sanctuaire. La campagne de 1960, qui dura deux mois, se termina par une cérémonie officielle le 27 août, pendant laquelle les fouilles ont été officiellement closes et le site remis aux autorités turques.


En 1948, les fouilles ont évidemment livré les vestiges de périodes plus récentes que Persson ne l’aurait souhaité, et notamment de bâtiments du 4e s. av. J.-C.  et plus tardifs encore. En plusieurs endroits, de la céramique appartenant à des périodes plus anciennes ont été découvertes, mais au regret de Persson, aucune ne remonte au-delà du 7e s. av. J.-C. Les fouilles ont cependant été très fructueuses : les premiers archéologues de Labraunda ont mis au jour un splendide sanctuaire du 4e s., d’un intérêt immense tant pour l’histoire de l’architecture de la Méditerranée antique que pour l’épigraphie de la région.

   

Axel W. Persson (1888-1951), professeur d’Archéologie Classique à l’Université d’Uppsala, avait des raisons particulières pour commencer des fouilles à Labraunda. Il avait fouillé pendant plusieurs années des vestiges de l’Âge de Bronze en Grèce et comme bon nombre de ses collègues il cherchait à résoudre le problème du déchiffrement du linéaire B. Des auteurs antiques ont mis en relief des rapports proches entre les Crétois et les Cariens à l’âge de Bronze, et le nom même de Labranda semblait être lié étymologiquement au mot Labyrinthe, associé au palais de Knossos en Crète. Persson a cru que certains symboles de textes Cariens du 7e s. av. J.-C. avaient une origine crétoise de l’âge du Bronze, il pensait que Labraunda pouvait receler des archives avec des inscriptions à la fois dans un script carien ancien ainsi que dans un plus récent, des textes qui pourraient donc relier le linéaire B au dialecte carien.

Photographie de la fouille lorsque le sphinx a été découvert en 1953

   

    Après 1960, la recherche et le travail de publication se sont poursuivis, mais lors de l’étude architecturale, il s’est avéré nécessaire d’accroître la documentation sur les monuments à publier. Trois campagnes de mesures et d’études ont donc été organisées, en 1979, 1983 et 1985. Il est alors devenu évident qu’une étude satisfaisante sur l’architecture était impossible sans recourir à quelques fouilles complémentaires sur les bâtiments importants. Les autorités turques ont accordé un nouveau permis de fouilles en 1987 au professeur Pontus Hellström de l’Université d’Uppsala. Une série de campagnes de fouille a ainsi débuté en 1988 jusqu’en 1993 sous les auspices de l’Institut de Recherche Suédois d’Istanbul (SRII). Le but était principalement d’examiner l’intérieur de l’Andron B et le plan de la Stoa Est. Après huit ans d’arrêt, les fouilles ont repris en 2002. À partir de 2004, Lars Karlsson de l’Université d’Uppsala a repris la direction des fouilles et ce jusqu’en 2012. Sous sa direction, les travaux à Labraunda se sont également orientés sur les environs du sanctuaire et notamment sur : l’acropole fortifiée et les cinq tours situées le long de la voie sacrée (L.  Karlsson et B. Vergnaud), la voie sacrée elle-même, les fontaines et les tombes rupestres réparties en plusieurs zones de nécropoles (O. Henry). D’immenses progrès ont été faits sur la connaissance de l’époque byzantine par le biais des fouilles menées sur les Églises Ést et Ouest et sur le Bâtiment Tétraconque (J. Blid). À partir de 2012, de nouveaux projets ont vu le jour au cœur du sanctuaire avec la reprise des fouilles sur la terrasse du temple (terrasse M, J. Blid et R. Hedlund), avec l’étude de la tombe monumentale (O. Henry), du sanctuaire de Cybèle (L. Karlsson) alors que P. Hellström poursuivait avec Th. Thieme les travaux de relevés en vue de la publication des androns. Lars Karlsson a également favorisé la mise en place d’un projet de conservation des marbres (coordonné par A. Frecetto), a initié un programme de restauration de l’Andron A et coordonné les premières véritables opérations de mise en valeur touristique du site (installation de panneaux explicatifs et aménagement d’un parking).

Le nouveau panneau d’information placé devant la pierre fendue


    Les fouilles suédoises ont commencé en 1948. La première campagne fut un réel succès. La fouille commença par le bâtiment le mieux conservé de la terrasse la plus élevée et que l’on croyait à l’époque être le temple de Zeus. Alfred Laumonier l’avait nommé Temple A, et utilisant le terme Temple B pour un autre bâtiment de plan identique situé sur la terrasse en contrebas. Quand les recherches sur ces deux constructions ont débuté, il est apparu qu’elles n’étaient pas des temples. Les inscriptions montrèrent qu’il s’agissait de salles de banquet qui ont donc été renommées Andron A et Andron B. L’Andron B fut érigé par Mausole, le fameux bâtisseur du Mausolée d’Halicarnasse et maître de la Carie de 377 à 352 av. J.-C.  L’Andron A fut probablement construit par son frère et successeur, Idrieus (351-344 av. J.-C.). Immédiatement au nord de l’Andron A, la façade d’une autre bâtisse a été découverte qui portait également une inscription. Celle-ci donnait l’information selon laquelle ce monument, consistant en deux pièces carrées derrière un porche, portait le nom de Oikoi («  les pièces  ») et identifiait son constructeur : Idrieus.

Andron A, au nord-est

Le véritable temple de Zeus fut découvert peu après, à l’est des Oikoi. Une inscription révèle que ce bâtiment fut également construit par Idrieus. À l’est du temple, une partie d’une stoa de la période romaine (2e s. ap. J.-C.) a été partiellement fouillée. Au sud du temple, quelques remises ont également été fouillées. Plusieurs inscriptions grecques sur du marbre ont été trouvées durant cette première campagne de fouilles, laquelle a également permis de mettre au jour deux fragments de tablettes en terre cuite avec des inscriptions cariennes, sans aucun doute les plus sensationnelles des découvertes de cette première campagne. Persson a cru que ces deux inscriptions présentaient deux alphabets cariens différents : un alphabet ancien et un alphabet récent.

Fragment d’une tablette en terre cuite avec inscriptions cariennes

Pendant les campagnes de 1949 et de 1950, la fouille du temple de Zeus a été poursuivie, ainsi que le déblaiement de la façade de la Stoa Nord à l’est du temple. Sur la terrasse arrière, la fouille de l’Andron B s’est également poursuivie. Dans la partie sud-est du sanctuaire, les deux propylées furent dégagés, l’une orientée au sud et l’autre vers l’Est, et les importants escaliers processionnels menant de la zone des propylées aux principaux monuments du sanctuaire ont été entièrement mis au jour. Un troisième fragment d’une tablette en terre cuite a également été découvert, avec des inscriptions en alphabet carien. Mais aucun objet antérieur au 7e s. av. J.-C.  ne sera découvert par la suite, et les espoirs de Persson d’une archive de tablettes en langue carienne datant du second millénaire av. J.-C.  restèrent vains.


   En 1951, pendant les préparations de la quatrième campagne, Axel Persson tomba malade et mourut juste avant le départ de l’expédition. Gösta Säflund, professeur d’Archéologie Classique et d’Histoire Antique à Stockholm, membre de l’équipe depuis 1949, fut nommé nouveau directeur des fouilles.

Plaque en bronze en mémoire de A.W. Persson (1952)

Sur la terrasse supérieure, la fouille des Oikoi a été entreprise et quelques travaux ont été faits sur l’Andron A. Au milieu de la terrasse du temple, un mur de soutènement fut découvert, lequel constituait vraisemblablement la frontière méridionale du sanctuaire à ses débuts (du 7e au 5e s. av. J.-C.). Avant le milieu du 4e s., le sanctuaire semblait consister en une simple terrasse. Un bâtiment situé à sa limite orientale fut interprété comme étant la porte d’entrée du premier sanctuaire. Sur la terrasse en contrebas, les fouilles de l’Andron B se sont poursuivies et au sud de ce bâtiment est apparue une construction de plan similaire que l’on nomma Andron C. D’autres constructions ont été mises au jour dans la zone de la porte d’entrée. Parmi les petites découvertes de cette campagne, deux nouveaux fragments de tablettes en langue carienne ont été enregistrés.

Fouille des Oikoi (1951)

À partir de 2013, Olivier Henry, alors pensionnaire scientifique de l’Institut Français d’Études Anatoliennes, a repris la direction de la mission archéologique de Labraunda. L’équipe s’est agrandie et diversifiée. Ses projets portent à la fois sur le cœur et la périphérie du sanctuaire. Les recherches se sont poursuivies sur la terrasse du temple (terrasse M, J. Blid et R. Hedlund), sur l’Acropole Fortifiée (B. Vergnaud) et sur la Tombe Monumentale (O. Henry). Plusieurs nouveaux projets ont également vu le jour sur des monuments ou des zones insuffisamment documentées : le Bâtiment Hypostyle (F. Rojas), les Thermes Est (Ch. Bost) et les bassins en avant du grand mur de terrasse du temenos (Ö. Çakmaklı) alors que la mission archéologique s’adjoignait les services d’une équipe de céramologues (V. Lungu et P. Dupont). En parallèle, des travaux de prospection systématique ont été initiés pour étudier les abords proches du sanctuaire (A. Frejman), de même que des travaux de topographie destinés à élaborer un nouveau plan du site (P. Lebouteiller). Les travaux de restauration de l’Andron A se poursuivent et ont donné lieu à de nouvelles fouilles (O. Henry) alors que l’équipe de conservateurs poursuit sont action pour mettre en valeur et protéger les marbres des grands monuments du sanctuaire (E. Andersson à la suite d’A. Freccero).