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Labraunda

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Plan de l’Acropole Fortifiée.

(L. Karlsson)

    À une centaine de mètres au-dessus du sanctuaire, au sommet de la colline (Hissar Kale), se trouvent les vestiges d’une forteresse datant du 4e s. av. J.-C. qui se caractérise par un imposant mur de fortification de près de 300 m de long et d’1,80 m d’épaisseur, rythmé par 11 tours défensives. Les tours sont toutes rectangulaires à l’exception de la grande tour pentagonale (12,7 x 9,2 m) située au nord-est du périmètre fortifié. La forteresse s’étend d’Est en Ouest sur environ 135 m et sur 90 m du Nord au Sud. La seule entrée connue se trouve au sud et fait face au sanctuaire. Une entrée secondaire de type poterne jouxte la tour pentagonale.

    L’espace intérieur de l’acropole est divisé par un long mur intérieur séparant une acropole basse et une acropole haute. C’est dans cette dernière que l’on a découvert les traces de quelques bâtiments qui peuvent être interprétés comme les baraquements des soldats. Il s’agit là des premiers vestiges d’un habitat à Labraunda. Ils sont cependant très minces (trois murs et un puits) et ont largement été oblitérés par l’intense réoccupation de l’époque byzantine (11e-13e s. ap. J.-C.)

Vue restaurée de l’Acropole Fortifiée.

(S. Forsberg)

    Deux grandes phases chronologiques ont pu être mises en évidence, à la fois sur la base des techniques de construction et sur celle du matériel : une phase hécatomnide et une phase hellénistique. La forteresse originale fut construite sous Mausole ou Idrieus (c’est-à-dire vers le milieu du 4e s. av. J.-C.). C’est ce dont témoigne la proximité des techniques de construction (l’utilisation systématique de carreaux et boutisses en alternance et les doubles boutisses aux angles) avec les grands bâtiments du sanctuaire et le matériel découvert au sommet de l’acropole. L’occupation y était alors sans doute très limitée, le rôle de la forteresse étant essentiellement ostentatoire. Construite dans le cadre du programme de monumentalisation du sanctuaire, la forteresse servait aux Hékatomnides à affirmer leur puissance. En outre, son potentiel défensif au 4e s. était très limité puisque la partie nord des défenses était dépourvue de tours alors même que l’approche, dans ce secteur, était la plus aisée.


En revanche, la forteresse de l’acropole devint pleinement fonctionnelle à l’époque hellénistique et subit une très forte occupation à cette période comme en témoigne le matériel issu des dernières fouilles (2012-2014). La partie nord des défenses est notamment renforcée par l’ajout de la grosse tour pentagonale construite selon une technique radicalement différente de celle en vigueur à l’époque précédente. En effet, les murs présentent une alternance de carreaux et de panneresses (blocs longs et peu épais), une technique en faveur à l’époque hellénistique. Le secteur de la porte paraît lui aussi avoir été renforcé par l’ajout d’une cour intérieure qui formait une barrière supplémentaire derrière la porte. L’ensemble du matériel découvert dans la tour 8 ainsi que dans la tour pentagonale est postérieur au 4e s. av. J.-C. et semble particulièrement se concentrer entre la fin du 3e et le début du 2e s., c’est-à-dire dans la période qui s’étend de la domination d’Olympichos à l’abandon du système défensif que l’on serait tenté de faire correspondre avec la Paix d’Apamée (188 av. J.-C.).


Les inscriptions de Labraunda nous donnent le nom d’une forteresse nommée Petra qui est mentionnée dans une lettre datant de 220 av. J.-C. du roi Philippe V à Olympichos qui faisait alors office de dynaste local. Cette inscription est gravée sur un bloc d’ante de l’Andron B. La forteresse est également mentionnée dans une autre lettre de la même époque. Quatre textes au total attestent du fait qu’Olympichos avait pris le contrôle de forteresses dans le voisinage de Labraunda entre 240 et 220 av.J.-C. La Petra de Labraunda peut être identifiée à la forteresse de l’acropole. Les deux phases mises en évidence dans la vie de la forteresse dominant le sanctuaire sont en adéquation avec la séquence chronologique des ouvrages défensifs situés au sud, le long de la voie sacrée.